Les horribles paroles des comptines françaises

 

L’importance des premiers contacts

En tant que parents, il paraît important de tenter d’inculquer un certain nombre de valeurs à nos enfants, et ce, dès leur plus jeune âge. C’est à ce moment que leurs cerveaux bâtissent les premières connexions, les premiers comportements. Autant qu’ils aillent dans la bonne direction tout de suite, car il est bien plus difficile de perdre une mauvaise habitude que de la prendre. Et les habitudes de pensée en particulier.

Bien sûr, les valeurs dépendent des croyances de chacun. Certains vont mettre en avant que, pour survivre dans le monde, il faut être costaud et prêt à donner tous les coups. Pour ma part, lorsque mon fils est né, je préférais qu’il fasse connaissance de l’empathie, la persévérance, l’espoir, et bien d’autres valeurs qui me sont chères. Mais dans tous les cas, la bienveillance est la plus grande des valeurs, de mon point de vue. Cela ne veut pas dire  pour autant « naïveté », mais ne pas être naïf n’implique pas non plus de systématiquement écraser les autres.

Importance de la musique

Naturellement, j’ai voulu aussi le baigner de musique, puisque je suis musicien. La musique est extrêmement puissante : elle fait appel à l’émotion. Or, on grave nos souvenirs et expériences avec d’autant plus d’intensité qu’ils sont accompagnés de grandes émotions.

Il a eu droit à des petits instruments pour s’amuser, un xylophone, un tambourin, comme la plupart des enfants de son âge. Mais évidemment aussi, je voulais lui chanter des chansons. Non seulement pour la musique, mais pour partager l’héritage qui est le sien, par les comptines typiquement françaises. Dans ce contexte, les paroles étaient particulièrement importantes pour moi.

Curieusement, j’ai eu beau chercher dans ma mémoire, je ne me rappelais d’aucune comptine entièrement. Des débuts de chansons et des mélodies fredonnées, mais ça s’arrêtait très vite.

Premières surprises des origines

En farfouillant un peu sur le web, quelle n’a pas été ma surprise de découvrir tout de suite que beaucoup, pour ne pas dire la plupart, des comptines ont des sens cachés. À croire que nos ancêtres étaient de sacrés lascars…

Au clair de la lune, par exemple, est donc en réalité une comptine… très… adulte. Le pire, c’est que même les adultes qui les chantent ne s’en rendent même plus compte, car les expressions ont changé ou on a oublié le contexte et on ne comprend plus leur sens d’origine.

Mais soit. Si même les adultes ne comprennent pas, les enfants n’y verront que du feu, avec leur petit esprit tout innocent.

Mais non, ce n’est même pas ça. C’est beaucoup plus explicite. Je veux bien qu’on endurcisse nos petites têtes, mais quand même…

Contact avec la réalité

Je me suis donc procuré quelques petits livres de chansons, car je voulais les chanter moi-même. En fait, lorsqu’on passe un enregistrement, le contact avec bébé n’est pas du tout le même. C’est beaucoup plus impersonnel. Alors que, chanté par un être en chair et en os en face de soi, c’est beaucoup plus puissant. Mais du coup, j’ai pu m’intéresser directement aux paroles, ce que je n’aurais sans doute pas fait si j’avais simplement passé des enregistrements.

Je me rappelle l’une des toutes premières comptines : une souris verte. Je me rappelais de la mélodie, chantée très souvent dans mon enfance. Mais après quelques couplets, stupeur : « trempez-la dans l’huile, ça fera un escargot tout chaud ». Hein, quoi ? Pour transformer une souris en escargot… en la trempant dans l’huile bouillante, il faut y aller de bon cœur.

J’ai tourné la page très vite en me disant « bon, je vais éviter celle-là… suivante ». Je ne me rappelle plus exactement lesquelles furent les suivantes. Mais ce dont je me rappelle, c’est une succession de déconvenues. À chaque nouveau début, je me disais « ah oui, celle-là est bien ! ». Et passé quelques instants, stupeur voire horreur. J’ai fait toutes les chansons du premier livre une à une. Je n’en ai pas trouvé une seule avec un message de bienveillance qui aurait mérité d’être sauvée.

Petit florilège…

La Mère Michel… hum, sachant déjà que le chat perdu est en fait sa chatte, mais passons. Même en la prenant au premier degré, on a affaire à une prise d’otage de chat, et un très explicite exemple de chantage. Belle morale !

Alouette, gentille alouette… je te plumerai… sans commentaire.

Il était une bergère, ronron petit patapon… elle tua son p’tit chaton – et pour pénitence elle doit embrasser le curé !… et trouve que c’est bien agréable et recommencera !!! Et dire que j’en avais un bon souvenir, de cette comptine !

Il était un petit navire… à quelle sauce manger un humain – on envisage vraiment toutes les possibilités. Miam !

Maman les p’tits bateaux : harceler son bébé en le prenant pour un âne et en lui racontant des mensonges, rien de tel pour l’éduquer !

Au feu les pompiers… la maison brûlée… et c’est pas moi qui l’ai brûlée… (pyromanie, délation…)

Le petit cordonnier qui bat sa femme en rentrant bourré…

Et tant qu’à faire, une histoire de viol dans « à la pêche aux moules » même pas déguisée.

On veut marier Jeannette avec un prince mais elle veut se marier avec Pierre… qui est en prison (qu’a-t-il fait pour y être ?)… et qui sera pendouillé… et Jeannette veut être pendouillée avec… bah tiens on les pendouille tous les deux. Littéralement.

Conclusion

Toutes les comptines ne sont pas à jeter. J’en ai trouvé dans d’autres livres qui étaient acceptables et mignonnes. Mais toutes relativement peu intéressantes pour le développement d’un enfant. Pirouette, cacahuète. Frère Jacques. Il pleut, bergère. Et certaines à vocation éducative pour apprendre des mots de vocabulaire. Mais moi qui étais si excité à l’idée de pouvoir chanter des chansons, le moins qu’on puisse dire est que j’ai été sacrément déçu – et choqué.

Très vite, nous sommes passés à autre chose : les fables de La Fontaine. Même s’il ne comprenait pas au début, il ne s’en est jamais lassé.

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